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mars-avril 2004 >> Enjeux31





Projections publiques
avril 2004 : cinéma Utopia Bordeaux
juin 2004 : Rencontres à Hérouville St Clair (14)
rencontre débat à la "Maison de quartier" de Bagatelle, Toulouse
déc. 2004 : Festival « Voyages, regard croisés sur l’immigration, Toulouse
jan. 2005 : Cinémaginaire, Cabestany (66)


Presse
mars-avril 2004 : Enjeux31, Toulouse



Ils s'appellent Saïd, Mohammed, Mimoun, Ali, Aguida, Lasen... Ils ont entre soixante dix et quatre vingt dix ans. Ils furent soldats de l'armée française. Ils sont anciens combattants marocains perdus entre deux continents. Ils participèrent aux campagnes militaires de la seconde guerre mondiale, de la libération de la France, puis aux guerres d'Indochine et d'Algérie.

Ils ont survécu et pourraient couler une retraite tranquille dans leur pays, auprès de leurs familles. Un repos bien mérité. Seulement voilà, malgré cette dette d'honneur et de sang, il y a 45 ans, le Général De Gaulle décidait de geler leurs pensions. Ce fut la loi dite de cristallisation. Ces anciens combattants marocains, aujourd'hui en fin de vie, fatigués, sont "échoués" en France, en

attente de reconnaissance. Neus Viala réalisatrice toulousaine, a décidé de les mettre en lumière. Son film, "D'un pays à l'autre, les anciens combattants marocains", sorti en 2003, livre leurs témoignages.

Engagé volontaire comme Aguida ou enrôlé de force dans l'armée française comme Jahir, ils dénoncent la discrimination qui leur est faite : "
un ancien combattant marocain touche une pension dix fois moins importante qu'un ancien combattant français. Pourquoi ces differences de traitement ?" s'interrogent-ils. En 1959, De Gaulle a-t-il voulu sanctionner les peuples colonisés qui réclamaient leur indépendances ? Sans doute.
Quoiqu'il en soit, les conséquences de cette ingrate décision sont terribles. Leur maigre pension ne suffisant pas pour vivre au Maroc, ces anciens combattants, souvent pauvres, ont commencé à s'exiler en France lors de la mise en place du Rmi au début des années 1990. Ce mouvement s'est encore amplifié, en 1998, lorsque les étrangers ont eu accés au minimum vieillesse. Problème : ils doivent vivre 9 mois sur 12 (minimum) sur le sol français pour être éligibles à ces allocations. Loin de leur familles, loin de leurs repères, "
souvent analphabètes, malades ou invalides, ils dépriment ou sont en voie de clochardisation", confie Me Artus de l'association toulousaine Vivre Mieux, qui leur vient en aide.
La caméra de la réalisatrice Neus Viala les a filmés en France (à Bordeaux et Toulouse) puis lors de leur courts séjour au Maroc. Les images parlent d'elles-mêmes : la plupart de ces vénérables vieillards sont plus épanouis auprès de leurs femmes, de leur enfants, qu'isolés dans la grisaille de nos cités. Si certains demandent en vain qu'on leur accorde le regroupement familial, une majorité réclame une revalorisation de leurs retraites et pensions d'invalidité. Autrement dit un dégel de la loi. Soutenus par des associations comme l'ALIFS, Vivre Mieux, l'Association française des travailleurs maghrébins (...), ils ont porté l'affaire devant le Consei d'Etat qui leur a donné raison et condamné le gouvernement français en novembre 2001. Malgré cette sanction rien n'a changé pour eux. Comme le souligne justement le film, ils n'ont même pas connu la fierté d'être défendus par leur propre gouvernement.
Depuis avril 2003, un texte "réparateur" a été présenté à l'Assemblée nationale. Il devrait enfin permettre la revalorisationdes pensions des anciens combattants étrangers. Mais, à ce jour, il n'est toujours pas appliqué. L'Etat attend-il cyniquement leur mort? Bien documenté, le film de Neus Vial fait la part belle aux témoignages, sans jamais tomber dans le pathos ou le manichéisme. Il s'inscrit dans l'indispensable travail de mémoire coloniale que notre payset nos institutions ont tant de mal à effectuer. C'est aussi un cricontre l'injustice et l'arrogance des puissants.
Ph. R

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